Panneau du site minier Western Mediterranean Zinc (WMZ) — mine de zinc/plomb de Tala Hamza, Amizour

J’accuse

J’accuse…

✍️ Si Ahmed Sidi Mennad, Président de l’association Tafelwit

Je ne veux surtout pas être pessimiste : je me contenterai de présenter les chiffres publiés par l’entreprise australienne « Terramin » sur son propre site internet, mis à jour en mars 2026 et accessible à tout citoyen souhaitant connaître les détails et les enjeux de l’exploitation de cette mine — une mine présentée comme stratégique pour notre économie, notamment par l’auteur de cet article élogieux.

Jugez par vous-mêmes.

Le site minier connu sous le nom de « Tala Hamza » recèle des réserves exploitables pendant près de vingt ans, estimées à 53 millions de tonnes de minerai, à une teneur de 5,3 % de zinc et 1,3 % de plomb — soit, dans le meilleur des cas, l’équivalent de 2 810 000 tonnes de zinc et 689 000 tonnes de plomb, auxquelles s’ajoutent bien sûr 48 millions de tonnes de déchets ou de stériles.

Terramin prévoit de produire 130 000 tonnes par an de concentré de zinc et 26 000 tonnes par an de concentré de plomb destinés à l’exportation, à partir de l’extraction de 1,4 million de tonnes de minerai par an — ce qui signifie également la production de 1,4 million de tonnes de déchets ou de stériles chaque année.

L’investissement total dans BZL, c’est-à-dire Terramin (49 %) et ses partenaires algériens Sonarem et Enafor (51 %), s’élève à environ 341 millions de dollars américains, financés sous forme de prêts par des banques algériennes.

Le revenu annuel attendu est estimé à environ 392 millions de dollars américains, dont il faut déduire les coûts d’exploitation : 161 millions de dollars pour le zinc (1 170 dollars la tonne) et 135 dollars la tonne pour le plomb, ce qui donne un bénéfice théorique de 231 millions de dollars pour BZL — soit l’équivalent de 118 millions de dollars par an pour les deux institutions algériennes et 113 millions de dollars pour Terramin.

Ces chiffres n’incluent ni l’investissement initial (341 millions de dollars à rembourser sur une période non précisée), ni les coûts de réhabilitation du site après exploitation (Terramin ne précise ni le coût approximatif ni qui en aura la charge), ni l’amortissement du capital.

Pourtant, comme nous le verrons plus loin, l’opération reste rentable pour Terramin malgré tous ces coûts.

En réalité, cette entreprise, en situation financière critique, bénéficie d’un prêt bancaire algérien (grâce à son partenariat avec Sonarem et Enafor) sans apporter la moindre contribution financière directe à l’investissement. Elle prétend apporter l’expertise et le savoir-faire technique en gestion minière (alors que sa seule expérience à ce jour est une mine de zinc dans le sud de l’Australie, aujourd’hui fermée), et elle assurera en outre la gestion complète de la mine. Quelle est donc, dans ces conditions, la contribution réelle des deux entreprises algériennes ?

Plus frappant encore, voici la liste des avantages accordés à Terramin :

« Terramin conserve les droits de gestion du projet.
Infrastructure existante et développée, avec des coûts d’électricité et de carburant réduits et avantageux.
Exonération de l’impôt sur les sociétés pendant 10 ans.
Exonération de la TVA et des droits de douane.
Prêts à long terme à taux d’intérêt réduit accordés par les banques publiques algériennes. »

Plus important encore, le projet est situé en Algérie, sur la côte méditerranéenne, à seulement 15 kilomètres de la ville de Béjaïa.

La ville de Béjaïa dispose d’infrastructures importantes, dont un aéroport international et un port en eau profonde.

Parmi les avantages de ce site figurent la disponibilité d’une main-d’œuvre locale, l’accès au réseau électrique, l’abondance de l’eau, et sa proximité avec les fonderies de zinc européennes (ce qui signifie tout simplement l’exportation des concentrés de zinc et de plomb).

Terramin indique également que le gouvernement algérien prendra en charge les infrastructures de base du projet (aux frais de l’État), notamment :
• un quai d’accostage au port de Béjaïa (en cours de construction)
• une alimentation électrique haute tension pour le site d’exploitation (en cours de conception)
• des voies d’accès pour poids lourds sur l’autoroute (en cours de conception)
• un pont pour le transport minier au-dessus de la route locale (en cours de conception)

Se pose alors la question suivante : à supposer que tout se déroule exactement comme prévu et dans les meilleures conditions, des profits annuels estimés à 230 millions de dollars pour la partie algérienne (sans compter ses contributions mentionnées plus haut) justifient-ils la destruction de la vallée de la Soummam et le financement d’une entreprise étrangère quasi inconnue, basée en Australie et en grande difficulté financière ?

Sur le plan environnemental, même Terramin ne fournit aucun détail précis sur la gestion des montagnes de déchets (stériles), se contentant de mentionner des bassins de stockage, sans préciser le type de stations de traitement des eaux prévues (primaire, chimique, etc.), sans parler de l’ensemble des nuisances qu’elle passe sous silence : poussière, bruit, transport hautement polluant, destruction de la faune et de la flore, et impacts sur la santé des populations.

Tout cela a un coût considérable dont personne ne parle. Pourquoi ? Qui se cache derrière cette catastrophe annoncée ? Et qui, hormis Terramin, tire profit d’une exploitation qui ne sert ni l’économie du pays, ni celle de la région, ni notre patrimoine naturel ? Rappelons que la vallée de la Soummam est classée patrimoine naturel mondial au titre de la Convention de Ramsar.

J’accuse tous les responsables derrière ces plans.
J’accuse tous ceux qui savent et affirment le contraire.
J’accuse tous ceux qui savent et se taisent.

Honte à eux. Un jour viendra où ils devront tous rendre des comptes devant la justice, car de tels crimes sont imprescriptibles.

Partager sur Facebook